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Marie Gagnier publie un 4e roman

Trois ans presque jour pour jour après Console-moi, cet étonnant road book qui n'a reçu ni l'attention ni les prix qu'il méritait, Marie Gagnier revient à la charge. Avec un autre roman plein de vie, même si la mort le hante et le traverse.

Tout s'en va s'ouvre sur une scène tragique et spectaculaire. Un homme est perché au sommet du Pont Laviolette, à Trois-Rivières (où l'auteure habite, et où elle a enseigné la littérature pendant de nombreuses années). Sur la banderole qu'il a accrochée au-dessus du tablier du pont, plutôt que le "papa t'aime" auquel on pourrait s'attendre, cette formule sibylline : "chez les oisillons des neiges, il faut marcher pour survivre". Une phrase, on l'apprendra plus tard, tirée d'une des chroniques ornithologiques de notre collègue Pierre Gingras (À tire-d'aile, La Presse, dimanche 28 avril 2002).

Que signifie cette étrange mise en scène? À qui appartient ce petit sac d'école rose fluo, en forme de coeur, que le "forcené", comme on les appelle, a suspendu au bout d'une corde de plusieurs mètres? Sautera-t-il? Redescendra-t-il sur terre? Le destin de Mortimer se dessine morceau par morceau, à mesure que l'on tourne les quelque 250 pages bien tassées que compte Tout s'en va.

Petit à petit, nous seront révélés les liens qui unissent, de près ou de très loin, les personnages qu'éclaire tour à tour, comme un follow-spot, la plume de Marie Gagnier. Ce journaliste qui assiste à la scène, impuissant et malheureux. Son épouse, qui suit les nouvelles, à la télé. Magoo, un petit garçon dont la vie fait de grands remous, surtout quand sa mère, à l'énergie destructrice, dévastatrice, boit trop de bières. Le vieil ami de Magoo, son voisin du haut, un homme qui souffre d'obésité morbide, et dont le départ pour l'hôpital, où il devra subir une chirurgie de l'estomac, suscitera, dans le quartier, tout un émoi. Enfin Mira, cette jeune acrobate, qui s'échine à préparer, pour le cirque qui l'emploie, un numéro de haute voltige qui pourrait révolutionner le monde du trapèze. Sur la musique d' Avec le temps, de Ferré, Mira a l'impression de jouer sa vie.

Dans les placards de tous ces personnages, des squelettes, parfois tout petits. Et dans leurs albums aux souvenirs, des catastrophes plus ou moins naturelles, glissements de terrain, inondations, folie héréditaire, meurtres d'enfants.

L'auteure d'Une île à la dérive (1991) et de La Quête de Melville (1998) ne fait pas dans le roman intimiste. L'économie de moyens, le style minimaliste, c'est sur d'autres rayons qu'on les trouvera. La langue de Marie Gagnier est foisonnante, ornée de métaphores, de figures de style, d'élégantes arabesques. Mais jamais surchargée. Avec le temps est une oeuvre polyphonique, ambitieuse, réussie, qui déroutera peut-être quelques lecteurs, par sa noirceur, sa densité, mais qui suscitera l'admiration chez la majorité. Un petit bémol : les dialogues, la plupart du temps très justes, sont par moments trop littéraires pour être vrais. Mais le reste du temps, tout se tient, dans cette construction complexe et originale.


© 1997 ... Dernière mise-à-jour le 14 mai 2006 par PaqA